Le 6 novembre : l’Arizona en violet ?

L’Arizona n’est pas un « Etat-Pivot » pour l’élection présidentielle. Les sondages attestent de l’avance de Mitt Romney. Pourtant en 2008, l’Arizona était l’exception dans le Sud-Ouest par rapport à ses voisins démocrates : Californie, Nevada, Colorado et Nouveau-Mexique. Cette année, les Démocrates possèdent un léger avantage pour conquérir l’Arizona : 25% des électeurs sont Hispaniques plutôt jeunes et les régions les plus peuplées de l’Etat (Phoenix et Tucson) penchent du côté démocrate. Le constat de cette situation démographique fait dire à Nate Silver du New York Times que la couleur rouge vif (Républicaine) de l’Arizona pourrait virer au violet lors de ces élections si ce n’est au bleu (Démocrate) dans le futur.

En effet, la communauté latino est plus mobilisée que jamais notamment sur le sujet des mesures anti-immigration clandestine. Les Hispaniques sont galvanisés par la décision d’Obama de stopper les déportations de certains jeunes sans-papiers et par la poussée d’un candidat d’origine portoricaine, Richard Carmona, pour le poste de sénateur. Pour Joseph Garcia du Morrison Institute for Public Policy de l’ASU-Arizona State University, c’est la dernière élection que les Républicains peuvent gagner sans le vote Latino. De plus, sur les 3,1 millions d’électeurs inscrits en Arizona cette année, 32,8% se disent indépendants et les Démocrates ont acquis le plus gros gain (17 833 électeurs en plus) même si les Républicains demeurent majoritaires (35,9% des inscrits contre 30,5% pour les Démocrates).

2008 Vote in Arizona
New York Times – Nate Silver Political Calculus / Octobre 2012

La couleur rouge vif des deux chambres de l’Arizona

Au-delà de l’élection présidentielle, qu’en est-il de la couleur politique des deux chambres de l’Arizona, donnée non-négligeable quand on s’intéresse aux politiques migratoires ? Le 6 novembre, les deux chambres de l’Arizona (Sénat et Chambre des Représentants) seront renouvelées. Les 30 sièges du Sénat sont remis en jeu ainsi que les 60 sièges de la Chambre, renouvelés tous les deux ans. Depuis 2010, les Républicains disposaient d’une super-majorité : de 21 contre 9 au Sénat et de 40 contre 19 à la Chambre. Cette super-majorité risque de s’effriter mais pas de basculer.

A la Chambre, les Démocrates s’attendent à gagner quelques sièges. Contrairement à ces deux dernières années où les Républicains n’avaient pas besoin des Démocrates pour passer des lois, les Démocrates pourraient jouer un rôle de modérateur dans la prochaine législature. Quatre batailles sont notamment cruciales pour les Démocrates. Les candidats s’affrontent principalement sur les Propositions en matière de taxes soumises à l’approbation des électeurs le 6 novembre pour marquer leur différence.

Au Sénat, les Démocrates, pour l’instant ultra-minoritaires, espèrent équilibrer la donne, ce que les Républicains jugent utopiques.  Les Démocrates espèrent là encore modérer les lois adoptées et contrer l’influence du Tea Party sur certains élus. Ils ont d’ailleurs réalisé pour Halloween une vidéo satirique pour rappeler aux électeurs les réalisations de ces politiciens élus avec l’appui d’associations Tea Party en Arizona. Cinq districts sont à suivre avec attention. L’un d’entre eux est particulièrement intéressant puisqu’il met en jeu des acteurs clefs des mesures anti-clandestins de l’Arizona.

L’ombre de Russell Pearce et du Tea Party

A Tempe et à Mesa (à l’est de Phoenix), le sénateur républicain Jerry Lewis affronte dans une triangulaire le Démocrate Ed Ableser et le Libertarien Damian Trabel. Le nombre d’électeurs démocrates est ici supérieurs au nombre de Républicains, mais le nombre d’Indépendants dépassent la somme des Républicains et des Démocrates. Les Républicains ont dépensé un peu plus d’argent pour l’instant (95 000 $ contre 88 000 $). L’élection est donc serrée. Jerry Lewis part cependant avec deux avantages : 1- Ed Ableser ne brille pas par sa présence à la Chambre où il est pour l’instant élu ; 2- Jerry Lewis a réussi à renverser l’architecte de SB 1070 et ancien Président républicain du Sénat Russell Pearce dans une élection de rappel en novembre 2011.

Russell Pearce, un ancien aide du Shérif Joe Arpaio dans le Comté de Maricopa, est élu au Congrès de l’Arizona de 2000 à 2011. Il exerça une influence sur le comité d’affectation des projets de lois du Sénat qui permet de déterminer l’ordre de priorité de l’examen des lois. Il est élu Président du Sénat en janvier 2011. Mormon, il symbolise un conservatisme extrême en matière de lutte contre l’immigration clandestine soutenant et exportant dans d’autres Etats (avec l’aide d’ONG comme FAIR) des mesures drastiques de contrôle systématiques d’identité. Ainsi, il soutint en 2004 l’adoption de la Proposition 200 en Arizona bloquant l’accès des clandestins aux aides publiques et des mesures de contrôle des embauches de clandestins par les employeurs. Il proposa même en 2010 une mesure de rejet de l’octroi automatique de la citoyenneté américaine aux enfants de clandestins nés aux Etats-Unis, mesure abandonnée car contraire au 14ème Amendement à la Constitution Américaine.

Russell Pearce lors d’un rassemblement Tea Party en 2010
Copyright : Phoenix New Times

Ses opposants estiment qu’il est raciste. Dans un entretien à la radio publique NPR, Russell Pearce décrivait les clandestins comme des « envahisseurs de la souveraineté américaine » et fustigeait le laxisme de Washington. Il est aussi connu pour flirter avec des groupes racistes et notamment avec J.T. Ready un néo-nazi notoire.

En mai 2011, une organisation Citizens for a Better Arizona a déposé une pétition de 18 315 signatures au Secrétariat d’Etat de l’Arizona pour remettre en jeu le poste occupé par Russell Pearce. En Juillet 2011, après examen et approbation de la Gouverneure, une élection est planifiée pour Novembre 2011. Russell Pearce est le premier Représentant en Arizona à être « rappelé » devant les électeurs au milieu d’un mandat.

Jerry Lewis, un autre Républicain mormon, plus modéré, se présente alors contre Pearce et critique son approche essentiellement ancrée sur le sécuritaire. Russell Pearce mène une campagne agressive aidant un « spoiler » Olivia Cortes à se présenter pour diviser le vote de son adversaire – elle finira par quitter la course sous les menaces de poursuites judiciaires une fois la supercherie découverte. Russell Pearce est vaincu et n’arrive pas à obtenir l’appui du Parti Républicain dans les Primaires de 2012 pour se représenter.

Malgré cette élection rocambolesque, Jerry Lewis est aujourd’hui attaqué par son principal adversaire démocrate pour n’être qu’une mascotte dans les mains de Pearce, agitant la menace Tea Party. Cette séquence politique locale en dit long sur l’extrémisme politique qui prévaut dans les législatures de l’Arizona… jusqu’au 6 novembre ?

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