Quand l’Arizona surgit dans le débat…

Lors de ce deuxième débat, B. Obama et M. Romney se sont affrontés sur l’immigration. Et l’argument des  lois anti-immigration illégale, notamment la version SB 1070 de l’Arizona, a fait irruption dans la conversation, amené par le Président. L’Arizona, son modèle (ou contre-modèle) de lutte contre les clandestins continue d’alimenter le débat national.

Sur une réforme migratoire : Romney devient modéré, Obama défend son bilan et accuse le blocage du Congrès

Invité à répondre le premier, Mitt Romney a tout d’abord souligné l’échec de Barack Obama sur l’adoption d’une réforme du système juridique  migratoire avant 2010 alors qu’il disposait d’une majorité démocrate au Congrès. Mitt Romney a ensuite présenté sa vision sur le sujet : les Etats-Unis sont une nation d’immigrants (çà ne coûte rien de le dire, Obama y a également fait référence), l’immigration légale doit être favorisée et simplifiée notant au passage que 4 millions d’immigrants attendent légalement de pouvoir s’installer aux Etats-Unis, par contre aucune amnistie n’est prévue pour ceux qu’il a dénommé les « illegals » (clandestins) : pas de permis de conduire comme, dit-il, propose de le faire le Président. Mitt Romney propose la mise en place d’un système de vérification et de sanctions à l’emploi de clandestins, déjà existant. Toutefois, il est apparu plus modéré qu’auparavant sur la question des DREAMers soutenant l’instauration d’un accès à la résidence permanente pour ces étudiants clandestins ayant grandi aux Etats-Unis.

Barack Obama a ensuite rappelé son engagement dès 2009 à « réparer un système légal migratoire brisé » en facilitant l’immigration légale. Puis, il a souligné son action pour sécuriser la frontière via le renforcement des effectifs de la US Border Patrol et a aussitôt mentionné le fait qu’aujourd’hui le nombre de traversées illégales de la frontière a atteint un niveau historiquement bas depuis 40 ans laissant supposer une corrélation entre ces deux faits… C’est oublié que la récession économique est passée par là et que la traversée de la frontière par le désert en partie militarisé est devenue dangereuse. Ces deux faits ont certainement plus influencé les décisions de ne plus traverser la frontière quitte à demeurer illégalement aux Etats-Unis même sans emplois. Enfin, il a rejoint Mitt Romney sur l’impératif de lutte contre les clandestins criminels et sur le soutien au DREAM Act. Il a d’ailleurs fini par attaquer Mitt Romney sur son opposition passée au DREAM Act et sur l’absence de soutien des Républicains en 2009-2010 pour adopter une réforme migratoire de grande ampleur. Le Fact Checker du Washington Post estime que par la suite, les enjeux économiques étaient devenus prioritaires sur l’agenda du Congrès.

Le modèle (ou contre-modèle) de l’Arizona

Barack Obama a ensuite sorti son arme pour remettre en cause les propos plutôt modérés de Mitt Romney jusque-là dans le débat en matière migratoire : tout d’abord, le soutien du Parti républicain à des initiatives types SB1070 ; puis, la présence parmi les conseillers de Mitt Romney des architectes de ces lois.

En effet, le programme du Parti Républicain pour l’élection de 2012 mentionne  que « les efforts des Etats pour réduire l’immigration illégale doivent être soutenus. Les procès du Ministère de la Justice contre l’Arizona [et d’autres Etats] doivent être arrêtés » (page 26). Obama a attaqué Mitt Romney sur ses déclarations lors des Primaires républicaines où il considérait « le modèle Arizonien » pour les lois migratoires de la nation. Romney a contre attaqué : « Je n’ai pas dis que la loi de l’Arizona était un modèle pour la nation en ces termes. J’ai dit que la disposition E-Verify [vérification du statut migratoire d’un employé par un futur employeur] était un modèle ». La position de Mitt Romney est en partie vérifiée, mais il a également soutenu l’arrêt des poursuites judicaires  par le pouvoir Fédéral contre la loi de l’Arizona et ses petits dans d’autres Etats.

Ensuite, Barack Obama est revenu à l’attaque sur la nature discriminatoire des provisions de SB1070 et sur le fait que les conseillers de Mitt Romney en matière migratoire sont ceux-là même qui ont rédigé la loi migratoire de l’Arizona. Il s’avère que cela est correct. Dans son entourage, on trouve en effet :

Kris Kobach même si Romney depuis Avril se distance publiquement de lui pour toucher un électorat plus modéré sur le sujet.

-Russel Pearce, l’architecte avec Kris Kobach de SB 1070, qui estimait en avril 2012 que les positions de Romney en matière de self-deportation étaient identiques aux siennes. Romney a d’ailleurs lors du débat expliqué sa vision de « l’auto-déportation » : donner aux clandestins les moyens de rentrer chez eux s’ils estiment y trouver un avantage et non déporter collectivement ces clandestins (comme ce que réalise l’Administration Obama actuellement) démontrant par là-même une méconnaissance du phénomène migratoire…

– et Pete Wilson, en charge des relations avec la Californie dans sa campagne. Cet ancien gouverneur de Californie a soutenu la Proposition 187 en 1994 une des premières initiatives anti-clandestins contemporaines leur coupant l’accès à l’éducation et au système de santé publique à l’époque où en tant que Gouverneur Pete Wilson s’opposait de façon  frontale comme l’actuelle Gouverneure de l’Arizona, au Président Bill Clinton sur les questions du renforcement de la frontière et  de la lutte contre les clandestins.

« L’Arizonification de l’Amérique ? »

Comme le rappelait Jeff Biggers hier matin dans les colonnes du New York Times, cette croisade de l’Arizona contre le pouvoir fédéral alimentée et orchestrée par les leaders Républicains locaux au nom d’une stratégie d’ « usure par la surenchère sécuritaire » sur les questions d’immigration (tout comme cela s’est produit en Californie dans les années 90 face à l’Administration Clinton), continue d’encadrer le débat national sur l’immigration deux ans après l’adoption de SB 1070. L’opposition clivante entre Obama et Romney à ce sujet lors du débat n’a fait que souligner l’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement les Etats-Unis, « nation d’immigrants » encensée par les deux candidats en la matière.

Peu après le débat, Jan Brewer, Gouverneure de l’Arizona, sur son compte Facebook écrivait : « L’administration Obama a complètement échoué et le Président Obama continue de ne pas correctement percevoir SB 1070 qui interdit spécifiquement le profilage racial. Je sais que le Président n’est pas fan de SB 1070 ni de mon livre […] mais il devrait prendre le temps de le lire et de comprendre les lois et les problèmes auxquels nous faisons face. Quatre ans d’échec et notre frontière n’est toujours pas sécurisée. » Elle appelait ensuite à une levée de fonds pour empêcher Obama d’être réélu le 6 novembre… La croisade continue.

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