Le Tea party serait-t-il encore brûlant ?

Beaucoup de spéculations circulent encore sur l’influence de la mouvance Tea Party dans le débat politique américain. Il est en effet plus pertinent de parler de « mouvance » puisqu’il ne s’agit pas d’un parti politique organisé mais d’une multitude d’organisations indépendantes se réclamant d’un même socle de valeurs conservatrices. Il m’a été donné d’assister samedi à un rassemblement du Tea Party à Phoenix. Je reviens ici sur le Tea Party, puis sur la description du rassemblement.

Tea Party : Quèsaco ?

Les idées du Tea Party reposent sur « des principes constitutionnels » selon la juriste Elizabeth Price Foley  incluant un gouvernement fédéral limité, la défense de la souveraineté américaine et le retour aux valeurs originelles inscrites dans la Constitution. La mouvance a certes connu son heure de gloire notamment lors des élections de mi-mandat de 2010 où des organisations estampillées Tea Party ont réussi à faire élire ses candidats, mais aujourd’hui en attendant le 6 novembre 2012, le constat est à la perte de vitesse même si encore 1/5ème des électeurs en âge de voter se disent être des fervents sympathisants du Tea Party. C’est du moins, les résultats de l’étude auprès d’activistes et sympathisants Tea Party conduite par deux sociologues d’Harvard Theda Skocpol et Vanessa Williams.  Pour elles, le Tea Party est « un état d’esprit plutôt qu’une idéologie » dont le message est toujours pertinent dans le contexte économique et social actuel.

Reposant sur une idéologie conservatrice anti-gouvernementale enracinée aux Etats-Unis, né lors de manifestations locales puis nationales contre le renflouement des banques par le Gouvernement fédéral  puis l’opposition au projet de Medicare de B. Obama à partir de 2009, le Tea Party a forcé les Républicains a adopté une rhétorique conservatrice pour notamment conquérir la base du Parti comme ce fut le cas lors des préparations des Primaires fin 2011, début 2012. Une étude de 2010 menée par CBS dressait l’idéaltype du sympathisant Tea Party  : plutôt blanc, âgé, résidant au Sud du pays, religieux pratiquant, plus éduqué que l’Américain moyen, disposant de revenus supérieurs à la moyenne, votant plutôt Républicain, Libertarien ou Indépendant et possédant une arme à feu à son domicile. L’étude démontrait à l’époque qu’une majorité d’entre eux pensait que l’Amérique d’Obama allait dans le mauvais sens, que ses politiques sont ‘socialistes’ (défini pour eux comme la redistribution de richesses, le contrôle gouvernemental de l’économie, la limitation des libertés fondamentales). Le Tea Party était alors préoccupé par l’économie et pensait que le rôle du mouvement était de tenter de diminuer le poids du gouvernement fédéral.

L’étude récente de T. Skocpol et  Vanessa Williamson nuance ce profil : « Même s’ils continuent de soutenir l’idée d’un gouvernement minimal, ils pensent que la Sécurité Sociale et Medicare valent désormais le coût de taxer les revenus ». Par contre, les activistes du Tea Party mettent toujours l’accent sur « le cauchemar du déclin de la société décrit en termes culturels où les méchants sont les profiteurs sociaux, les politiciens libéraux, le Big Governement, et les médias mainstream. L’immigration illégale est une source importante d’anxiété […] parce que ceux qui entrent illégalement remplissent les écoles et les hôpitaux. Ils ne méritent pas de bénéficier de l’argent fédéral, réservé aux citoyens américains. »

Hymne national avant le début du spectacle – Phoenix 13 oct. 2012
Crédit Photo : Damien Simonneau

Un rassemblement du Tea Party à Phoenix

La mouvance est influencée notamment dans son combat électoral par cinq organisations dont le PAC (Political Action Committee) libertarien Freedom Works  basé à Washington. Freedom Works veut former les volontaires engagés politiquement dans l’élection des candidats soutenant leur plateforme libertarienne (gouvernement minimal, libre entreprise économique, libertés maximales). En attendant le 6 novembre donc, le groupe concentre ses activités sur le soutien grassroots (de terrain) à certains candidats. Samedi dernier, il tenait sa réunion au Palais des Congrès de Phoenix. L’organisation, les participants, les ateliers, les discussions et discours m’ont permis de me frotter à la mouvance Tea Party made in Arizona.

Le public : blanc, plutôt âgé, des personnes parfois seulement attirées par la présence finale de Glenn Beck, ou affiliées à des équipes de réélection de candidats républicains comme Jeff Flake, Romney-Ryan en Arizona, des membres d’associations Tea Party locales, des chroniqueurs radios locaux…

Un des ateliers « Les rendre responsable »
Crédit Photo : Damien Simonneau

Les ateliers : l’équipe de Freedom Works a montré aux participants des outils internet de surveillance du vote des représentants au Congrès, des applications pour smartphones pour déterminer la couleur politique dominante par quartiers pour ensuite mieux y organiser le porte-à-porte…  Un de leurs alliés libertariens, bien que se cachant derrière un positionnement non partisan, True The vote a offert des formations pour surveiller le déroulement des élections le 6 novembre et ainsi éviter le risque de fraude électorale. Une organisation, Voto Honesto 2012 propose la même formation auprès des électeurs latinos. Puis une série de questions-réponses avec la salle s’est déroulé : une mère de famille a notamment voulu savoir comment lutter dans les universités (college) et les lycées (high schools) contre l’endoctrinement aux idées gauchistes de la part des professeurs ?

Les intervenants : Après la tenue de ces ateliers, un spectacle de 3 heures  a eu lieu pour stimuler les participants et mettre en scène l’image d’une Amérique conquérante. Matt Kibbe, Directeur de Freedom Works a tout d’abord rappelé qu’il était possible de « s’unir encore comme en 2009 et 2010 pour changer les choses », Deneen Borelli, une self-made woman noire (une des rares personnes noires dans tout le Palais des Congrès !) est venu parler de sa réussite, de l’exceptionnalisme américain comme pour réconforter l’audience sur la preuve de l’existence de l’American Dream. Cinq représentants politiques étaient présents pour rappeler que clairement seul le peuple peut influencer le cours des choses, et non les élites à Washington. Ils sont venus décrire les réformes anti-taxes mises en place au Texas et en Arizona, ainsi que les combats juridiques en cours contre Washington contre l’application de ‘ObamaCare’ au Texas notamment. Michelle Ugenti, Représentante républicaine au Sénat de l’Arizona, élue en 2010 avec l’appui du Tea Party a insisté sur sa légitimité populaire contrairement aux « bureaucrates et élites » de Washington. Aux noms de Paul Ryan  et la Gouverneur Jan Brewer, elle a généré des slaves d’applaudissements nourries… D’autres personnalités médiatiques typiques du Tea Party se sont exprimées comme le révérend C .L. Bryant appelant littéralement à « virer les socialistes » le 6 novembre ou  comme la chroniqueuse radio Dana Loesch. Le spectacle, entre ces discours politiques et philosophiques, était assuré par le chanteur Kalai et l’humoriste chrétien Jeff Allen.

Glenn Beck arrivant sur scène
Crédit Photo : Damien Simonneau

Le « gourou » : Glenn Beck

La Star : Deux heures pour électriser la foule avant l’entrée en scène du « gourou » du Tea Party, Glenn Beck. Cet expert des médias qui a su surfé sur et médiatisé la vague Tea Party a donné une leçon d’une heure devant un écran géant où s’enchaînaient images d’Epinal de l’histoire américaine, le tout accompagné au piano et à la guitare pour apporter la dose d’émotions complémentaire à ses envolées plus nationalistes et mystiques que réellement politiques. Son propos était de faire renaître le rêve américain dans l’esprit du public. Selon lui, le 11 septembre a amené le doute dans l’esprit des Américains : « Toute la planète souhaite se conformer au droit international, à l’ouverture des frontières, à la globalisation économique, à la dépendance énergétique et à l’Etat-Providence, le Tea Party pense qu’il faut aller dans une autre direction ». Pour cela, il faut être visionnaire et à l’image des inventeurs lier l’idée, le rêve à l’action tout en luttant contre « l’avidité de ceux qui prennent l’argent et les idées des autres ». « Nous sommes les pionniers », ajoute-t-il, « il est temps d’engager une deuxième Guerre d’Indépendance […] Le monde nous attend, en Europe, en Chine, en Israël… Ils veulent le retour de l’Amérique ». Une idéalisation de l’Amérique passée avec des références à Ronald Reagan, Adam Smith ou Abraham…

Tout l’état d’esprit Tea Party expliqué en une heure de spectacle …

Glenn Beck
Crédit Photo : Damien Simonneau

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