Bill Clinton, le « chirurgien hispanique » et le « mormon arizonien »

L’Arizona peut-elle perdre sa coloration rouge républicaine le 6 novembre ? C’est ce qu’espèrent les Démocrates ici, en premier lieu, leur candidat pour occuper le siège à pourvoir de sénateur à Washington, Richard Carmona. C’est sans doute ce sur quoi mise également l’ancien Président Bill Clinton venu soutenir R. Carmona hier soir sur le campus de l’ASU (Arizona State University).

Bill à la rescousse

L’équipe de campagne de Carmona aidée par l’association des Jeunes Démocrates du campus a réussi à réunir un millier de personnes sur le campus pour écouter Bill Clinton vanter les mérites et le parcours de R. Carmona. Son discours était tout d’abord axé autour de l’immigration et du DREAM Act : « Un des principal atout des Etats-Unis est que nous disposons de gens venus du monde entier, a-t-il souligné, grâce aux immigrants, nous sommes plus jeunes que l’Europe et le Japon ; et dans 20 ans nous serons plus jeunes que la Chine.» [ma traduction] Bill Clinton a ensuite axé son discours sur la jeunesse évoquant surtout les prêts étudiants ; puis sur l’innovation énergétique taclant au passage la proposition de Mitt Romney de créer des emplois via l’exploitation intensive du charbon : « L’ASU est une université innovante qui tente de propulser les Etats-Unis au premier rang en matière d’énergie solaire. C’est dans ce domaine que se trouvent les emplois de demain. » Il a conclu sur la réforme du système de santé et sur l’utilité d’envoyer l’ancien Ministre de la Santé (Surgeon General) Richard Carmona au Sénat pour lutter contre le bioterrorisme.

Bill Clinton et Richard Carmona hier soir sur le campus de l’ASU (Tempe)
Crédit photos : Page Facebook de Richard Carmona

Pourquoi Bill Clinton a-t-il fait le déplacement ? L’Arizona n’a pas élu de sénateurs démocrates depuis 18 ans. Bill Clinton a rappelé qu’il avait été le seul démocrate depuis 1948. a remporté les Grands Electeurs de l’Arizona lors de l’élection présidentielle de 1996. De plus, les sondages entre R. Carmona et son opposant  républicain Jeff Flake se sont resserrés ces deux dernières semaines : le 26 septembre, un sondage démontrait que J. Flake possédait 6 points d’avance sur Carmona ; une semaine plus tard, le 3 octobre, un nouveau sondage du Public Policy Polling (organisation plutôt ancrée à gauche) estimait que Carmona l’emporterait de  2 points à 45-43 % (même si pour l’élection présidentielle, Romney restait en tête en Arizona). Aujourd’hui un analyste du Center for Politics –Université de Virginie, Larry Sabato a changé la coloration de l’Arizona pour l’élection sénatoriale  de « avantage Républicain » (lean republican) à « prédiction de victoire 50-50 » (toss-up).

Une analyse partagée par Politico le 28 septembre relatant que le fait que le PAC  (Political Action Committee) FreedomWorks lié au mouvement conservateur Tea Party ait envoyé en renfort son équipe et lancé des vidéos clips de soutien à Jeff Flake, était un signe que la lutte est serrée.

Le mormon arizonien contre le chirurgien hispanique

Qui sont donc les deux principaux candidats ? Jeff Flake, Richard Carmona et le candidat libertarien Marc Victor ont débattu hier sur les principaux enjeux du scrutin. Conformément aux positions de leurs partis respectifs, les deux candidats s’opposent sur l’interventionnisme économique du Gouvernement fédéral pour relancer l’économie. Ils s’opposent aussi sur la manière de réformer le système de protection sociale et sur l’immigration, enjeu important en Arizona. R. Carmona estime qu’une réforme globale des lois migratoires est nécessaire, il soutient le passage du DREAM Act. Jeff Flake pense qu’il faut d’abord sécuriser la frontière avant de réformer.

Richard Carmona, dans la mise en scène de son parcours, met en avant son statut d’Hispanic, fils d’immigrants, qui est sorti de la pauvreté grâce à son entrée à 17 ans dans l’armée (notamment son engagement au Vietnam) puis son service de l’Etat dans une carrière militaire qui lui a donné l’opportunité d’étudier la médecine. Il s’est installé en tant que chirurgien à Tucson, Arizona tout en étant assistant du Shérif dans le comté frontalier de Pima pendant 25 ans. En 2002, il a été nommé par le Président Bush comme Ministre de la santé où il dit avoir expérimenté la nécessité de bâtir des consensus pour établir les bonnes politiques. Ce parcours politique sans positionnement politique défini (le parti républicain de l’Arizona a pensé à lui pour s’opposer à l’ancienne Gouverneure Démocrate Janet Napolitano  en 2006), les soutiens républicains récemment qu’il a obtenu notamment la famille de Barry Goldwater (ancien sénateur de l’Arizona) et le choix de faire campagne avec le Parti démocrate est peut être emblématique de la transition rouge vers le bleu que semble vivre l’Arizona. L’équipe de Jeff Flake souligne d’ailleurs que Carmona n’est pas un vrai « Arizonien » dans un clip télévisé, mais bien une mascotte sollicitée par B. Obama pour tenter de changer la couleur politique de l’Etat.

Richard Carmona lors d’une réunion publique à Tempe, Arizona
Crédit Photo : Damien Simonneau

Face à lui, Jeff Flake se présente donc comme un vrai Arizonien de la 5ème génération. Il représente le 6ème district de l’Arizona à la Chambre des représentants à Washington depuis 2001. Il se définit comme un « conservateur réformateur » prônant une diminution des taxes et de l’interventionnisme du pouvoir Fédéral dans l’économie. Jeff Flake est également propriétaire de ranch et mormon, ce qui peut constituer un atout en Arizona. Il mène une campagne moins agressive que R. Carmona avec moins d’évènements publics mais il bénéficie du soutien des deux sénateurs actuels de l’Arizona John Mc Cain et Jon Kyl.

Jeff Flake (à gauche) recevant le soutien des deux sénateurs de l’Arizona John McCain (centre) et Jon Kyl (à droite). Crédit photo : page Facebook de Jeff Flake

Trame de fond de ce duel : le vote latino

Face à l’enracinement des Républicains en Arizona, l’énergie des démocrates réussira-t-elle seule à apporter une touche de bleu à l’Arizona le 6 novembre ? En tout cas, une tendance de fond demeure l’importance du vote Latino dans cet Etat frontalier dans la transformation de la coloration de l’Etat à moyen terme,  tout comme ce fut le cas en Californie auparavant. Cet été, un rapport de l’Institut Morrison de l’ASU estimait que cela pourrait se produire d’ici moins de 10 ans. De quoi remettre en cause les positionnements des Républicains sur de nombreux sujets pour remporter le vote dans certains Etats comme le suggérait un article du Time magazine en mars dernier.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s