Celui qui voulait être le troisième homme du système à deux partis

Gary Johnson est en tournée dans 16 campus du pays jusqu’au 6 novembre. Mercredi dernier, lors de son escale à l’Arizona State University , il a réuni environ 250 sympathisants. Gary Johnson est candidat à l’élection présidentielle tout comme l’écologiste Jill Stein du Green Party aux côtés de B. Obama et de M. Romney. La coalition qu’il vise et attire à ce meeting majoritairement constituée d’étudiants semblait hétéroclite : le Parti Libertarien au nom duquel il a été investi candidat à la Présidentielle en mai dernier était représenté ; des militants soutenant Mike Stauffer le candidat indépendant au poste de Shérif du comté de l’université ; des anarchistes naviguaient parmi les étudiants; l’association Student for liberty affiliée aux Libertariens tenait son stand… Leur principal point commun ? La remise en cause de l’hégémonie des deux partis républicain et démocrate dans le système politique américain. Leur objectif ? “To give the middle finger to the two-parties system” comme cela a été élégamment mentionné.

« Minimum Government, Maximum Freedom »

Au-delà d’être une structure politique de soutien à la candidature de Gary Johnson, le Parti Libertarien regroupe des militants partageant essentiellement la même philosophie politique. Ils font l’apologie des libertés garanties par la Constitution Américaine rejetant les définitions de la liberté défendue par les deux partis dominants : « Les démocrates parlent de libertés individuelles, les Républicains de liberté économique » annonce John Stossel dans l’article de soutien à Gary Johnson du magazine libertarien Reason. Le raisonnement derrière cette bannière est simple : la défense des principes fondamentaux de la démocratie américaine ‘right to life, liberty and the pursuit of happiness’ comme mentionnée dans la Déclaration d’Indépendance.

Les Libertariens soutiennent l’idée d’un gouvernement réduit à son minimum pour protéger les droits garantis par la Constitution Américaine et défendre les frontières contre les agressions. Pour eux, la Constitution est la solution, la valeur à laquelle les Américains doivent adhérer surtout en temps de crise. Le gouvernement ne solutionne que rarement les problèmes, les individus (seuls ou regroupés) et le marché peuvent faire améliorer et régir la vie en collectivité. Les Libertariens sont adeptes d’un libéralisme économique d’un Milton Friedman et d’un Friedrich Hayek, dont les noms ont été prononcés plusieurs fois lors du meeting.

Voiture de campagne de Gary Johnson que tout un chacun peut signer
ASU – 26 septembre 2012
Crédit Photo : Damien Simonneau

Le troisième homme ? 

Le parcours politique de Gary Johnson est intéressant. Il s’est présenté en tant que outsider en 1994 comme candidat à l’investiture pour le poste de Gouverneur du Nouveau-Mexique au sein du Parti Républicain, investiture qu’il a obtenue. Il a ensuite été élu en 1995 puis réélu Gouverneur de cet Etat, traditionnellement plutôt démocrate. Lors de son mandat, il a été surnommé ‘Governor Veto’ car il a émis son veto à 750 textes de lois engageant des dépenses supplémentaires pour le budget de son Etat. Exclu du Parti Républicain en 2011, n’ayant pas réussi à passer le cap des Primaires pour la désignation du candidat à la Présidentielle, il a décidé de se présenter avec l’appui du Parti Libertarien. Gary Johnson entend bien surfer sur la vague de popularité qu’ont soulevée les idées libertariennes diffusées par le Républicain Ron Paul lors de ces Primaires (même si ce-dernier n’a pas officiellement accordé son soutien à Gary Johnson).

Le défi pour Gary Johnson est donc d’appliquer des idées qui ont fonctionné à l’échelle du Nouveau-Mexique de 1995 à 2003 au Gouvernement fédéral américain s’il est élu tout en restant fidèle aux valeurs libertariennes.

Il propose donc : de réduire les dépenses du Gouvernement fédéral de 43%  et d’équilibrer le budget national  en coupant dans des programmes coûteux comme Medicare, Medicaid ou dans le budget militaire (dans un effort de retour au niveau de dépense de 2003) ; de mettre fin à l’interventionnisme militaire américain à l’étranger et à la guerre contre la Drogue en légalisant et contrôlant la marijuana ;  de mettre en place un impôt unique pour faire fonctionner le gouvernement, à savoir, une taxe sur la consommation ; de supprimer le Patriot Act, le Department of Homeland Security et la Federal Reserve. En ce qui concerne la frontière et l’enjeu migratoire, Gary Johnson a ajouté lors du meeting qu’il stopperait le renforcement militarisé de la frontière, estimant que l’immigration est une bonne chose pour le pays et qu’elle devait être facilitée le plus possible via un système de visa de travail.

Gary Johnson en meeting à ASU – 26 septembre 2012
Crédit Photo : Damien Simonneau

Il s’est également félicité d’être présent sur le bulletin de vote de 47 Etats, et délégué dans 3 autres Etats. Il estime donc constituer l’alternative au duo démocrate-républicain pour cette élection.  Mais comme la plupart des indépendants, sa couverture médiatique n’est pas suffisante pour diffuser ses idées et être véritablement une alternative politique.

Le parcours du combattant des petits partis ou des indépendants

Même si le poids des petits partis ou indépendants est négligeable au niveau national (pour Gary Johnson les sondages oscillent entre 3 et 6% des voix des électeurs potentiels ou des électeurs inscrits si leur nom apparaît sur le bulletin), leurs candidats peuvent localement jouer le rôle de spoiler (pillard de voix). Ainsi en 2000, l’écologiste Ralph Nader arracha 100 000 voix en Floride au candidat démocrate Al Gore. Ces voix auraient pu changer la donne lors de cette élection serrée contre Georges W. Bush.

Gary Johnson estime que la clef de sa victoire repose sur trois points : sa visibilité, sa présence sur les bulletins de vote et le soutien des Libertariens du pays.  Pourtant sur la route de campagne des indépendants ou membres de petits partis, de nombreux obstacles se présentent. Le premier est celui de l’accès aux médias, et qui plus est, nationaux. Ainsi, bien que les dates et les noms des débatteurs (en l’occurrence Mitt Romney et Barack Obama) soient connus, l’équipe de Gary Johnson tente depuis plusieurs semaines de mobiliser les médias pour le faire apparaître dans les débats. Ensuite la collecte de fond est cruciale pour mener campagne, Gary Johnson utilise essentiellement ses propres fonds limités. Enfin, l’inscription des noms des indépendants ou petits partis sur les bulletins de vote demeure problématique.

En Arizona, seul quatre candidats indépendants seront sur les bulletins à l’échelle de l’Etat : le problème est le nombre de signatures nécessaires pour apparaître sur le bulletin, supérieures à celles exigées pour les candidats républicains, démocrates ou même affiliés au parti Libertarien. D’ailleurs, en Arizona, la Proposition 121 soumise à approbation le 6 novembre, pourrait changer les règles du jeu électoral dans l’Etat. Si elle était adoptée, elle instaurerait un nouveau système de primaire unique où tous les candidats à une même élection (sauf l’élection présidentielle) s’affronteraient. Les deux premiers pourraient ensuite se présenter à l’élection générale peu importe leur appartenance partisane. Les opposants à cette Proposition estiment que cela endommagerait l’influence des partis Républicains et Démocrates sur le déroulement des élections.

ASU – 26 septembre 2012
Crédit Photo : Damien Simonneau

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