“You may say I’m a DREAMer, but I’m not the only one”

Un des premiers enjeux auquel j’ai été confronté en arrivant sur le campus de l’Université a été celui du sort des jeunes étudiants clandestins qui s’autoproclament : les ‘DREAMers’.

En fait, cette appellation renvoie à une proposition de loi bi-partisane en matière migratoire déposée pour la première fois en 2001 par deux sénateurs (un démocrate et un républicain) et intitulée DREAM Act pour Development Relief and Education of Alien Minors Act. Elle n’a jamais été adoptée par le Congrès mais a été réintroduite plusieurs fois. Néanmoins, elle constitue la base d’une possible réforme migratoire, soutenue actuellement par le Président Obama. Si elle était adoptée, elle permettrait de mettre en place au niveau national un processus d’accès à la citoyenneté pour des jeunes sans-papiers diplômés ou ayant effectué deux ans de service militaire.

En ce qui concerne la dernière version réintroduite en 2010, la Chambre des représentants l’a adoptée le 8 décembre 2010. En revanche, au Sénat, 5 voix manquaient pour que la proposition puisse être examinée. En mai 2011, une dernière tentative a été menée pour réintroduire le DREAM Act au Sénat. En vain. Plusieurs sénateurs dont les deux sénateurs républicains de l’Arizona (John McCain et Jon Kyl) qui avaient soutenu le texte auparavant ont retiré leur soutien au prétexte que cette loi ne pouvait être adoptée sans un effort de renforcement des contrôles policiers anti-clandestins tant à la frontière que sur le territoire. Le vide légal au niveau fédéral ainsi créé en matière migratoire est donc rempli par des initiatives pro ou anti-DREAMers de la part des Etats fédérés. En juillet 2011, un projet similaire a été adopté en Californie offrant aux étudiants sans-papiers l’accès à des bourses privées pour financer leurs études dans des écoles publiques.

Selon la dernière version introduite, pourraient bénéficier de la procédure de naturalisation, les personnes arrivées aux Etats-Unis avant l’âge de 16 ans, qui peuvent prouvées qu’elles ont résidé 5 années continues sur le territoire américain, qu’elles sont diplômées d’une université ou obtenu le G.E.D. (le General Educational Development test), possèdent un casier judiciaire vierge et qu’elles ont moins de 30 ans aujourd’hui.

« DREAM » entre deux panneaux électoraux dans le centre de Phoenix
Crédit Photos : Damien Simonneau

Obama et le Defered Action for Childhood Arrivals

Face à ce vide légal donc qui laisse dans l’incertitude des jeunes ayant pourtant grandi et vécu aux Etats-Unis et partageant les valeurs, la culture et le mode de vie américain, le 15 juin 2012, le Président Obama a annoncé que son administration cesserait de déporter les jeunes clandestins qui remplissent les critères définis dans la dernière version du DREAM Act. Le 15 août dernier, dans tout le pays, les DREAMers  ont fait la queue auprès du USCIS (U.S. Citizenship and Immigration Services) pour déposer leur demande de participation au programme intitulé Defered Action for Childhood Arrivals qui leur permet de rester aux Etats-Unis pendant deux ans renouvelables avec autorisation de travailler. Un mois plus tard, le Département pour la Homeland Security annonçait qu’il avait reçu 82 000 applications aujourd’hui en cours d’examen.

L’initiative de la Présidence a suscité une vague de rejet notamment en Arizona où ce même 15 août, la Gouverneure républicaine Jan Brewer a émis un arrêté interdisant l’octroi de permis de conduire et le bénéfice d’aides sociales financées par l’Arizona aux DREAMers titulaires du programme présidentiel.

Pour Barack Obama ayant dans sa ligne de mire le 6 novembre, cette initiative a tout du coup de poker politique pour lisser son image auprès de l’électorat latino alors même que son Administration détient le nombre record annuel pour 2011  de déportation de clandestins. Pour les associations de défense de la régularisation des DREAMers, cette initiative est bienvenue et vient couronner le travail de pression entrepris depuis 2008.

En effet, le UCLA Center for Labor Research and Education vient de sortir un recueil de témoignages intitulé Undocumented and Unafraid regroupant des témoignages de ces DREAMers qui ont réussi à constituer un mouvement national. Le recueil décrit les trajectoires de ces clandestins désormais « sortis du placard » qui osent annoncer publiquement qu’ils sont diplômés et sans-papiers, appelant ainsi à une refonte des politiques migratoires.

Couverture de ‘Undocumented and Unafraid’

Les DREAMers et leurs alliés tentent depuis 2007 de faire pression sur les élus au Congrès et dans l’opinion publique pour que le DREAM Act soit adopté. En décembre 2008, United We Dream, une coalition informelle  de jeunes immigrants et d’avocats organisa un meeting pour structurer un mouvement national en faveur du DREAM Act qui avait été rejeté en 2007. Au début, il s’agissait d’action grassroots puis l’organisation s’est érigée en groupe de pression avec pour objectif de faire évoluer les perceptions de la société sur ces jeunes clandestins de ‘illegal’/’alien’/’intruder’ en ‘undocumented’ et ‘unafraid’. Via l’organisation de camps d’été (les ‘Dream summer’) pour renforcer les capacités de pression de ces jeunes et des associations disparates constituées sur le territoire, le mouvement s’est structuré tenant ses propres meetings (comme en novembre 2011 à Dallas), menant des actions de rue symboliques comme des cérémonies de remise de diplômes, des manifestations ou encore combattant les initiatives anti-clandestins notamment en Arizona.

Arizona DREAM Act Coalition

En Arizona justement, une association Arizona Dream Act Coalition s’emploie à lutter contre les mesures anti-immigrants dans l’Etat. Les jeunes immigrants ont constitué l’association puis rejoint le mouvement national suite au passage de la Proposition 300 en 2006 obligeant les étudiants sans-papiers à payer les droits d’inscription imposés aux étudiants des autres Etats et leur bloquant l’accès à des aides financières publiques.

Lors de la présentation du recueil Undocumented and Unafraid sur le campus, Kent Wong de UCLA, n’hésitait pas à décrire les DREAMers comme les nouveaux freedom fighters du 21ème siècle.

Ce mouvement, reconnu à la une du Time magazineWe are Americans’ le 25 juin dernier, n’en est cependant qu’à ses débuts, de l’avis même des DREAMers de l’Arizona et de Californie rencontrés. Il entend bien forcer les politiques à offrir un statut aux 12 millions d’immigrants clandestins présents aux Etats-Unis en réformant largement les lois en matière d’immigration.

Couverture du Time Magazine du 25 Juin 2012

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