7 Novembre 2012 : Rien de neuf sous le soleil -rouge- de l’Arizona

En réponse à  l’annonce de la victoire de Barack Obama, la Gouverneure républicaine de l’Arizona, Jan Brewer, soutien inconditionnel de Mitt Romney s’est simplement contenté de poster sur son compte Facebook une photo de soleil couchant sur les montagnes de l’Arizona sans commentaires. Pourtant plus tôt dans la journée au moment de voter, elle n’avait pas manqué d’exprimer sa possible déception si le Président sortant était réélu. Jan Brewer a cependant de quoi se réjouir : l’Arizona reste rouge avec d’infimes nuances bleues. Tour d’horizon.

Du rouge : l’Arizona choisit massivement Mitt Romney

L’Arizona choisit Romney à  55 % contre 43 % pour Obama. Romney remporte les 11 Grands électeurs de l’Etat avec une confortable marge, plus importante encore que McCain en 2008 (53,8 – 45%). Il remporte principalement les zones rurales et le comté le plus peuplé, celui de Maricopa, bénéficiant en grande partie du vote mormon. Les deux comtés de la région de Tucson reste un bastion démocrate à 52%.

Le poste de Sénateur de l’Arizona au Congrès Américain est attribué au candidat républicain Jeff Flake. Jeff Flake l’emporte contre le candidat latino Richard Carmona à 50 contre 45 %  dans un résultat moins serré que ne le laissaient penser les sondages du mois d’octobre.

Un des frères de Jeff Flake fait semblant de pleurer au ralliement du Parti Républicain le 6 novembre à Phoenix à coté d’une effigie en carton de Mitt Romney
Crédit Photo : Michael Chow/The Republic

Concernant les 9 sièges de représentants de l’Arizona à Washington, les Républicains sont pour l’instant sûrs d’envoyer 4 de leurs candidats, les Démocrates 2 dont Raul Grijalva élu dans le Sud de l’Arizona fervent soutien d’ « Obamacare » et d’une réforme migratoire. Trois autres élections sont encore trop serrées pour se prononcer. Elles concernent notamment le nouveau district de Phoenix où la candidate démocrate Kyrsten Sinema bénéficie d’une légère avance. A Flagstaff, la démocrate Ann Kirkpatrick semble en position de l’emporter. A Tucson, le successeur de Gabrielle Giffords victime d’un shooting en janvier 2011 Ron Barber, est annoncé battu de 1000 voix, des opérations de recomptage sont en cours. Si on prend en compte ces résultats provisoires, l’Arizona élirait 5 représentants démocrates et 4 républicains, reflétant ainsi la division du pays.

Ces élections serrées devraient être départagées dans les jours qui viennent quand tous les bulletins seront pris en compte. Mercredi 7 après-midi, 400 000 bulletins dans le comté de Maricopa attendent d’être dépouillés et environ 600 000 dans tout l’Arizona. Il s’agit essentiellement des bulletins provisoires (provisional ballots) donnés dans les bureaux de vote mardi aux électeurs n’apparaissant pas sur les listes électorales ou ne pouvant prouver leur identité. Les autorités du comté doivent donc vérifier si le bulletin peut être réellement pris en compte. Les bulletins arrivés par courrier avant l’élection n’ont pas tous été dépouillés non plus. Au final ces derniers bulletins pourraient faire la différence dans les élections serrées. Des associations de défense des Latinos comme Adios Arpaio ou Citizen for a better Arizona  entendent bien continuer à surveiller la finalisation du décompte des bulletins estimant que ces  quelques 460 000 votes pouvaient encore faire la différence et dénonçant la mauvaise organisation du dépouillement dans le Comté de Maricopa en particulier.

Jan Brewer s’exprimant au ralliement du Parti Républicain à Phoenix, le 6 novembre. Crédit Photo : Michael Chow/The Arizona Republic

Encore du rouge dans les Chambres de l’Arizona 

Qu’en est-il de la couleur des 2 chambres de l’Arizona ? Comme prévu, les Républicains gardent leur mainmise mais perdent leur super-majorité acquise en 2010. Les Démocrates auraient réussi à gagner 4 sièges au Sénat et 4 à la Chambre grâce au redécoupage des districts. Dans mon district, le Républicain Jerry Lewis est battu au profit du Démocrate Ed Ableser.

La bataille pour les perchoirs des deux chambres commencent : Steve Smith un fervent républicain anti-immigration clandestine  et dirigeant une initiative arizonienne pro-barrière de sécurité est en lice pour la Présidence de la Chambre…

Le Shérif Joe Arpaio est réélu une sixième fois dans une bataille qui s’annonçait comme la plus compétitive qu’aurait connue le « Shérif le plus dur d’Amérique ». Arpaio bénéficiait d’une avance confortable sur son opposant démocrate avec une marge toutefois moins importante que dans les élections précédentes. A une heure du matin, le Shérif possédait 10 points d’avance (53 – 43%) même si tous les bulletins n’ont pas été comptés. Le candidat indépendant rafle 4% des voix. Lors de la soirée électorale du Parti Républicain à Phoenix, le shérif a déjà précisé qu’il se représenterait en 2016. Le « régime Arpaio » se perpétue donc dans le comté de Maricopa. Le shérif sort galvanisé par les soutiens notamment financiers (8,2 millions de dollars) hors d’Arizona générés après l’annonce d’un procès intenté par le Ministère fédéral de la Justice. Il confirme sa stature nationale d’icône conservatrice anti-clandestins.

Shérif Arpaio s’exprimant au ralliement Républicain à Phoenix le 6 novembre
Crédit Photo : Dave Seibert/The Arizona Republic

Une autre figure nationale de la ligne dure anti-clandestins et pro-renforcement de la frontière, le Shérif Paul Babeu est réélu dans le comté de Pinal au sud de Phoenix avec son tandem Lando Voyles, Attorney General du comté et ce malgré le scandale qui avait éclaboussé Paul Babeu en février 2012. Son ex-amant, un mexicain clandestin, avait alors indiqué à la presse que le shérif l’aurait menacé de déportation s’il révélait publiquement son homosexualité.

Premier bilan 

La mobilisation latino, perceptible sur le terrain pour cette élection, n’a pas permis de renverser la tendance et de transformer l’Arizona en un possible « Etat indécis ». L’Arizona demeure solidement républicain. Le 5 novembre, Jeff Bigers prévoyait le début de la fin de ce qu’il appelle « l’Arizonification de l’Amérique » grâce à la plus grande participation des Latinos et la défaite de politiciens anti-clandestins dans le pays. Dans son ouvrage, State Out of the Union, Arizona and the Final Showdown over the American Dream (Un Etat hors de l’Union, l’Arizona et la confrontation ultime contre le rêve américain) cet historien et journaliste originaire de Tucson dresse le portrait de l’Arizona contemporain où s’affronte un pouvoir latino émergent et un conservatisme républicain effrayé par le changement démographique qui est en train de se jouer dans le pays. Ses prévisions ne se sont pas réalisées pour la saison électorale 2012. Les Républicains continuent de dominer la mécanique politique de  l’Arizona et sortent à première vue  confortés de ces élections. Il suffit pour s’en convaincre de « suivre l’argent » : OpenSecrets démontre que les Républicains ont amassé largement plus d’argent que les Démocrates pour les élections en Arizona (62% contre 27,8%).

Jan Brewer peut donc se réjouir : elle va pouvoir alimenter encore pendant au moins deux ans sa rhétorique anti-Washington, anti-Obama et brandir la vertu conservatrice de l’Arizona pour le futur de l’Amérique, une vertu réaffirmée dans les urnes le 6 novembre.

Jeff Bigers State Out of the Union

D-Day

Nous y sommes donc : le 6 novembre. Petite balade matinale dans les bureaux de vote du sud de Phoenix (Mesa, Tempe et Guadalupe). Pas de longue file d’attente. Des électeurs et des militants (démocrates ou républicains) plutôt bavards.

Bureau de vote, Tempe, Arizona, Rural Street
Crédit Photo : Damien Simonneau

Environ 10 à 15 minutes d’attente avant de remplir son bulletin  à moins de venir seulement déposer un bulletin déjà pré-rempli à la maison, ce qui prend 5 minutes. Les documents d’identification nécessaires sont clairement indiqués à l’entrée en anglais et en espagnol. En Arizona, les électeurs doivent se présenter, indiquer leur domiciliation et prouver leur identité et leur domiciliation soit par un document avec photo (permis de conduire valide, carte tribale etc.) soit par deux documents sans photo (factures, relevés bancaires etc.)

Identification aux bureaux de vote – anglais & espagnol
Crédit photo : Damien Simonneau

L’électeur se saisit d’un grand bulletin vide et doit noircir manuellement le trait face aux noms des candidats choisis. Il dispose dans le bureau de vote de petite cabine pour faire cela anonymement. Une fois son identité vérifiée, il insert son épais bulletin dans une urne, avant de recevoir un autocollant aux couleurs de l’Amérique indiquant « J’ai voté ». Les bulletins sont complexes à comprendre et répertorient les différentes élections dans un comté. Une militante observant l’élection m’a avoué ne pas tout remplir car elle ne connaissait ni les noms des candidats pour les postes de juges ou de responsables du Conseil Éducatif  ni le contenu de toutes les Propositions. Elle a voté en connaissance de cause seulement pour les élections majeures : Présidentielle, Sénat, Chambre des Représentants, Chambres de l’Arizona, Shérif du Comté. Un autre homme me dit avoir voté blanc partout en  déposant simplement un bulletin intact dans l’urne car dit-il  » Je n’ai pas besoin de tous ces politiques pour diriger ma vie. J’y arrive très bien tout seul. »

Exemples de bulletin affiché à l’entrée d’un Bureau de vote – Tempe
Crédit Photo : Damien Simonneau

Autour du bureau de vote, des militants de chaque parti renseignent et aident les électeurs. Une autre militante démocrate m’indique qu’il y a eu ce matin quelques tentatives d’intimidations à Phoenix : des personnes indiquaient à des étudiants qu’ils ne pouvaient pas voter ici alors qu’ils le pouvaient…

Des tables avec des documents électoraux démocrates ou républicains sont présentées à l’entrée de certains bureaux pour « informer » les électeurs… Dans un bureau de vote, le candidat écologiste à un poste de sénateur de l’Arizona recommande même sa candidature. Un autre homme tient un panneau pour indiquer son opposition à une des Propositions en jeu sur le bulletin.

Entrée du bureau de vote de Guadalupe, un stand pro-démocrate indique aux habitants de cette communauté le bon choix à réaliser…
Crédit Photo : Damien Simonneau

A Guadalupe, une ville du sud de Phoenix à majorité Latino et Indienne, des observateurs fédéraux ont été déployés dans et autour du seul bureau de vote de la ville. Un membre du conseil municipal m’indique que les équipes du shérif avaient posté leurs voitures près du bureau de vote il y a deux ans pour intimider les électeurs. Les agents fédéraux ne sont pas bavards mais habillés en noir, ils prennent l’identité des votants à leur sortie. Le membre du Conseil Municipal salue les électeurs et distribue à ceux qu’il reconnaît des photocopies de bulletins qu’il a complété pour « aider » les électeurs…

Les électeurs arrivent lentement, mais le rythme risque de s’accélérer lors des heures de déjeuner et après 16h lorsque les habitants finissent de travailler. Dans trois bureaux de vote, on m’a indiqué que 40% des électeurs avaient déjà envoyés par courrier leur bulletin pour éviter de se présenter aujourd’hui.

Une association luttant contre l’intimidation envers les Indiens est présente dans le bureau de vote de Guadalupe.
Crédit Photo : Damien Simonneau

A J-1 : les Robocalls s’emballent…

A J-1 avant l’élection, les équipes de campagne sont mobilisées dans ce qui s’appelle ici « Get Out the Vote » (« Extraire le vote ») essentiellement à coups d’appels téléphoniques à des électeurs répertoriés dans des bases de données patiemment constituées depuis plusieurs mois pour les inciter à aller voter demain, et si possible pour un candidat précis…

La chaîne locale 12 News, affiliée à NBC News (penchant plutôt démocrate) vient de révéler un cas de possible intimidation via ces appels téléphoniques en Arizona. Des électeurs démocrates ont reçu ce week-end des appels automatiques (robocall) de la part de l’équipe du candidat Républicain Jeff Flake, candidat au poste de Sénateur, leur indiquant de se présenter à un bureau de vote différent de celui indiqué sur leurs bulletins.

Le parti Démocrate a demandé une enquête au FBI, au Ministère fédéral de la Justice, au Secrétariat d’Etat de l’Arizona ainsi qu’au Responsable de la Justice de l’Arizona (Attorney General). L’équipe de campagne de Jeff Flake estime que peu d’électeurs démocrates ont été réellement appelé, et qu’il s’agit sans doute d’électeurs résidant dans des foyers anciennement enregistrés comme Républicains, ce que conteste cette électrice Démocrate dans le reportage de 12 News accessible en cliquant sur le lien ci-dessous

Reportage de 12News 5 novembre 2012

Le 6 novembre : l’Arizona en violet ?

L’Arizona n’est pas un « Etat-Pivot » pour l’élection présidentielle. Les sondages attestent de l’avance de Mitt Romney. Pourtant en 2008, l’Arizona était l’exception dans le Sud-Ouest par rapport à ses voisins démocrates : Californie, Nevada, Colorado et Nouveau-Mexique. Cette année, les Démocrates possèdent un léger avantage pour conquérir l’Arizona : 25% des électeurs sont Hispaniques plutôt jeunes et les régions les plus peuplées de l’Etat (Phoenix et Tucson) penchent du côté démocrate. Le constat de cette situation démographique fait dire à Nate Silver du New York Times que la couleur rouge vif (Républicaine) de l’Arizona pourrait virer au violet lors de ces élections si ce n’est au bleu (Démocrate) dans le futur.

En effet, la communauté latino est plus mobilisée que jamais notamment sur le sujet des mesures anti-immigration clandestine. Les Hispaniques sont galvanisés par la décision d’Obama de stopper les déportations de certains jeunes sans-papiers et par la poussée d’un candidat d’origine portoricaine, Richard Carmona, pour le poste de sénateur. Pour Joseph Garcia du Morrison Institute for Public Policy de l’ASU-Arizona State University, c’est la dernière élection que les Républicains peuvent gagner sans le vote Latino. De plus, sur les 3,1 millions d’électeurs inscrits en Arizona cette année, 32,8% se disent indépendants et les Démocrates ont acquis le plus gros gain (17 833 électeurs en plus) même si les Républicains demeurent majoritaires (35,9% des inscrits contre 30,5% pour les Démocrates).

2008 Vote in Arizona
New York Times – Nate Silver Political Calculus / Octobre 2012

La couleur rouge vif des deux chambres de l’Arizona

Au-delà de l’élection présidentielle, qu’en est-il de la couleur politique des deux chambres de l’Arizona, donnée non-négligeable quand on s’intéresse aux politiques migratoires ? Le 6 novembre, les deux chambres de l’Arizona (Sénat et Chambre des Représentants) seront renouvelées. Les 30 sièges du Sénat sont remis en jeu ainsi que les 60 sièges de la Chambre, renouvelés tous les deux ans. Depuis 2010, les Républicains disposaient d’une super-majorité : de 21 contre 9 au Sénat et de 40 contre 19 à la Chambre. Cette super-majorité risque de s’effriter mais pas de basculer.

A la Chambre, les Démocrates s’attendent à gagner quelques sièges. Contrairement à ces deux dernières années où les Républicains n’avaient pas besoin des Démocrates pour passer des lois, les Démocrates pourraient jouer un rôle de modérateur dans la prochaine législature. Quatre batailles sont notamment cruciales pour les Démocrates. Les candidats s’affrontent principalement sur les Propositions en matière de taxes soumises à l’approbation des électeurs le 6 novembre pour marquer leur différence.

Au Sénat, les Démocrates, pour l’instant ultra-minoritaires, espèrent équilibrer la donne, ce que les Républicains jugent utopiques.  Les Démocrates espèrent là encore modérer les lois adoptées et contrer l’influence du Tea Party sur certains élus. Ils ont d’ailleurs réalisé pour Halloween une vidéo satirique pour rappeler aux électeurs les réalisations de ces politiciens élus avec l’appui d’associations Tea Party en Arizona. Cinq districts sont à suivre avec attention. L’un d’entre eux est particulièrement intéressant puisqu’il met en jeu des acteurs clefs des mesures anti-clandestins de l’Arizona.

L’ombre de Russell Pearce et du Tea Party

A Tempe et à Mesa (à l’est de Phoenix), le sénateur républicain Jerry Lewis affronte dans une triangulaire le Démocrate Ed Ableser et le Libertarien Damian Trabel. Le nombre d’électeurs démocrates est ici supérieurs au nombre de Républicains, mais le nombre d’Indépendants dépassent la somme des Républicains et des Démocrates. Les Républicains ont dépensé un peu plus d’argent pour l’instant (95 000 $ contre 88 000 $). L’élection est donc serrée. Jerry Lewis part cependant avec deux avantages : 1- Ed Ableser ne brille pas par sa présence à la Chambre où il est pour l’instant élu ; 2- Jerry Lewis a réussi à renverser l’architecte de SB 1070 et ancien Président républicain du Sénat Russell Pearce dans une élection de rappel en novembre 2011.

Russell Pearce, un ancien aide du Shérif Joe Arpaio dans le Comté de Maricopa, est élu au Congrès de l’Arizona de 2000 à 2011. Il exerça une influence sur le comité d’affectation des projets de lois du Sénat qui permet de déterminer l’ordre de priorité de l’examen des lois. Il est élu Président du Sénat en janvier 2011. Mormon, il symbolise un conservatisme extrême en matière de lutte contre l’immigration clandestine soutenant et exportant dans d’autres Etats (avec l’aide d’ONG comme FAIR) des mesures drastiques de contrôle systématiques d’identité. Ainsi, il soutint en 2004 l’adoption de la Proposition 200 en Arizona bloquant l’accès des clandestins aux aides publiques et des mesures de contrôle des embauches de clandestins par les employeurs. Il proposa même en 2010 une mesure de rejet de l’octroi automatique de la citoyenneté américaine aux enfants de clandestins nés aux Etats-Unis, mesure abandonnée car contraire au 14ème Amendement à la Constitution Américaine.

Russell Pearce lors d’un rassemblement Tea Party en 2010
Copyright : Phoenix New Times

Ses opposants estiment qu’il est raciste. Dans un entretien à la radio publique NPR, Russell Pearce décrivait les clandestins comme des « envahisseurs de la souveraineté américaine » et fustigeait le laxisme de Washington. Il est aussi connu pour flirter avec des groupes racistes et notamment avec J.T. Ready un néo-nazi notoire.

En mai 2011, une organisation Citizens for a Better Arizona a déposé une pétition de 18 315 signatures au Secrétariat d’Etat de l’Arizona pour remettre en jeu le poste occupé par Russell Pearce. En Juillet 2011, après examen et approbation de la Gouverneure, une élection est planifiée pour Novembre 2011. Russell Pearce est le premier Représentant en Arizona à être « rappelé » devant les électeurs au milieu d’un mandat.

Jerry Lewis, un autre Républicain mormon, plus modéré, se présente alors contre Pearce et critique son approche essentiellement ancrée sur le sécuritaire. Russell Pearce mène une campagne agressive aidant un « spoiler » Olivia Cortes à se présenter pour diviser le vote de son adversaire – elle finira par quitter la course sous les menaces de poursuites judiciaires une fois la supercherie découverte. Russell Pearce est vaincu et n’arrive pas à obtenir l’appui du Parti Républicain dans les Primaires de 2012 pour se représenter.

Malgré cette élection rocambolesque, Jerry Lewis est aujourd’hui attaqué par son principal adversaire démocrate pour n’être qu’une mascotte dans les mains de Pearce, agitant la menace Tea Party. Cette séquence politique locale en dit long sur l’extrémisme politique qui prévaut dans les législatures de l’Arizona… jusqu’au 6 novembre ?

Top 5 des (meilleures ?) publicités politiques de l’Arizona

A 5 jours de l’élection, plus que jamais, une horde de publicités politiques s’abat sur les écrans de télévisions entre deux publicités pour des céréales ou des assurances. Ces spots télévisés courts (30 secondes) sont financés soit par les campagnes des candidats soit par des associations politiques de type PAC ou Super-PAC. Les Super-PAC sont des entités prétendument indépendantes des candidats qui sont autorisées depuis 2010 à financer des campagnes politiques de façon illimitée. Elles concentrent leurs ressources financières en réalisant des spots négatifs diffusés sur les réseaux nationaux et locaux de télévision.

Cette débauche publicitaire n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire électorale américaine mais s’adapte aux nouvelles technologies et rivalise d’ingéniosité et de créativité tant sur le fond (contre-vérités, raccourcis etc.) que sur la forme (caricature, décor surréaliste etc.)  Pour certains candidats notamment le Shérif Joe Arpaio ici la diffusion frénétique de spots télévisés constitue la seule véritable stratégie de campagne. Un journaliste du Phoenix New Times s’est amusé à compiler un Top 10 des meilleures publicités de cette saison électorale en Arizona. Je me permets de reprendre son idée et de commenter 5 de ces publicités pour ou contre des candidats locaux. Un aperçu du meilleur du pire de la campagne 2012 …

Numéro 5 : Toujours se méfier de son patron

L’ex-patronne du candidat démocrate Richard Carmona au poste de Sénateur des Etats-Unis raconte comment le candidat martela à sa porte en pleine nuit : « Richard Carmona, dit-elle, à des problèmes de violence, des problèmes éthiques et aussi avec les femmes ». La publicité est approuvée par son opposant républicain Jeff Flake et payée par le NRSC National Republican Senatorial Committee. Richard Carmona estime que cet événement ne s’est jamais produit et que son ex-boss était connue à Washington pour ces exagérations notamment sur son CV.

Numéro 4 : « Je peux être élu grâce à des sous-vêtements roses » 

« Je peux être élu grâce à des sous-vêtements roses. Je l’ai déjà fait 5 fois » : ce sont les paroles utilisées par le Shérif Joe Arpaio dans cette publicité, paroles mises en parallèle avec les cas d’agressions sexuelles non résolues par son Bureau. Une publicité contre le Shérif payée par Citizens for a Better Arizona une organisation luttant contre sa réélection. Les sous-vêtements roses correspondent à ceux portés par les détenus dans les prisons du comté administrées par le Shérif.

Numéro 3 : Descendre ‘Obamacare’

Ron Gould (sénateur de l’Arizona) se définit comme un « républicain conservateur ». Il n’a pas réussi à obtenir l’aval du Parti Républicain lors des Primaires pour se présenter au Congrès des Etats-Unis dans le 4ème district de l’Arizona malgré son penchant à tirer sur tout ce qui bouge notamment sur la loi sur l’assurance maladie « Obamacare » dans ce clip.

Numéro 2 : La progressiste venue de Mars 

Cette publicité financée par le RNCC – Republican National Congressional Committee attaque la candidate démocrate au Congrès des Etats-Unis Kyrsten Sinema dans un des districts nouvellement dessiné de Phoenix pour ses positions jugées progressistes et supposées venir « d’une autre planète ». On y apprend notamment que Kyrsten Sinema apparaît dans le journal du parti communiste, qu’elle soutient des augmentations « massives » d’impôts, et qu’elle aurait dit que les « femmes travaillant à domicile sont des vraies sangsues pour leurs maris ou compagnons ».

Kyrsten Sinema est également caricaturée en hippie radicale directement sortie des années 60 dans une publicité circulant sur internet payée par son opposant Vernon Parker.

Numéro 1 : Des ennemis qui vous veulent du bien… 

L’équipe de Richard Carmona a réalisé un montage où les deux sénateurs actuels républicains de l’Arizona  Jon Kyl et John McCain font l’éloge de Carmona lors des auditions au Congrès pour le poste de Ministre de la santé (U.S. Surgeon General) sous la présidence de Georges W. Bush. Ces  deux mêmes sénateurs qui en ce moment parcourent l’Arizona au côté de Jeff Flake, son opposant pour le soutenir contre Carmona…

Jan s’en va-t-en-guerre !

Pas d’élection à l’horizon le 6 novembre pour la Gouverneure républicaine de l’Arizona Jan Brewer, pourtant elle ne ménage pas ses efforts pour, selon ses termes, « faire d’Obama un Président à un seul mandat ». Retour sur la croisade anti-Obama de la Gouverneure  Brewer.

Jan Brewer : un stéréotype républicain du Sud-Ouest

Jan Brewer est devenue Gouverneure de l’Arizona en janvier 2009 par accident lorsque sa prédécesseur démocrate Janet Napolitano a été désignée Ministre à la Sécurité Nationale (Secretary of the Department of Homeland Security). La Constitution de l’Arizona prévoit qu’en cas de démission du Gouverneur, la Secrétaire d’Etat (Secretary of State) le remplace, poste qu’occupait Jan Brewer depuis 2003. Née en Californie, mais ayant étudié et s’étant marié à un médecin originaire de Phoenix, elle a gravi depuis les années 80 les échelons politiques de l’Arizona élue Sénatrice,  Représentante de l’Etat puis Secrétaire d’Etat en 2002.

En tant que Gouverneure, elle a acquis une stature nationale en signant le 23 avril 2010 la loi anti-clandestins controversée SB 1070. Forte de ce succès, en Novembre 2010, Jan Brewer est élue pour 4 ans Gouverneure de l’Etat face au démocrate Thierry Goddard, ancien Attorney General (Ministre de la Justice) et bon connaisseur de la mécanique transfrontalière.

Les positionnements politiques de Jan Brewer relèvent presque tous de la caricature républicaine. Arrivée à la tête de l’Arizona, elle ordonne des coupes drastiques notamment dans des programmes d’assurance maladie et d’éducation et augmente une taxe sur les ventes de 5,6 à 6,6% pour permettre d’équilibrer le budget lourdement déficitaire de l’Etat. Elle a soutenu dans les Chambres de l’Arizona des lois en faveur du port d’armes et ne cache pas être membre de la NRA (National Rifle Association), le lobby pro-armes américain qui l’a appuyée lors de sa campagne de 2010.  Elle est également opposée au mariage gay et a soutenu des Propositions visant à définir le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, notamment la Proposition 107 en 2006.

Concernant l’immigration : Jan Brewer en a fait son cheval de bataille depuis 2010 en signant SB 1070, en ordonnant le redéploiement de la Garde Nationale d’Arizona à la frontière et en signant en avril 2011 la loi SB 1406, une initiative pour construire une barrière frontalière sur les fonds propres de ou soulevés par l’Arizona donc sans l’aval de Washington.

La politicienne Jan Brewer est aussi connu pour ses misspeaks (erreurs, lapsus) dont la plus récente est son lapsus de soutien au Président Barack Obama à la Convention Républicaine d’août 2012 à Tampa en Floride. Outre cette anecdote, en septembre 2010 après le passage de SB 1070, et en guise de défense de la loi, Jan Brewer estimait que des corps sans tête étaient retrouvés dans le désert de l’Arizona, signes de la violence liée à l’immigration illégale et au trafic de drogues. Pressée par les journalistes en pleine campagne pour son élection au poste de Gouverneure, elle n’a pu soutenir cette annonce et a fini par dire qu’il s’agissait d’une confusion avec les exécutions violentes menées par les cartels au Mexique.En juin 2010, pour répondre aux critiques de SB 1070 qualifiant cette loi de « nazi », elle avait rappelé que son père était mort en Allemagne combattant le régime nazi. En fait, son père est mort en 1955 d’un cancer des poumons aux Etats-Unis.

« Faire le Travail que le Fédéral ne fera pas » JanPac
Crédit photo : page facebook de Jan Brewer

« Des Scorpions au petit-déjeuner »

Le combat de Jan Brewer est résumé dans un livre publié en novembre 2011 intitulé Scorpions for Breakfast: My Fight Against Special Interests, Liberal Media, and Cynical Politicos to Secure America’s Border (Des Scorpions pour le Petit Déjeuner : Mon combat contre des intérêts spéciaux, les médias libéraux et les Politicos cyniques pour sécuriser la frontière de l’Amérique). L’ouvrage, préfacé par Sarah Palin qui au passage vante les mérites politiques de Jan Brewer pour « rassembler, construire et non démolir », est défini comme une « contribution de bon sens de son combat pour la sécurité de notre frontière face à l’inaction persistante du pouvoir fédéral.  Son livre est conseillé à tous les Américains intéressés par le vrai changement qui ne peut se produire que lorsque des leaders locaux prennent des initiatives pour préserver notre pays et nos lois ».

La trame du livre s’articule autour du meurtre d’un propriétaire de ranch Robert Krentz en mars 2010 dans le sud de l’Arizona que Jan Brewer attribue à un immigrant illégal pour ensuite s’élargir sur son combat personnel pour l’adoption de SB 1070. Ce meurtre a constitué le momentum politique pour l’adoption de SB 1070. Le comté de Cochise en charge de l’enquête estime qu’il s’agirait peut être d’un meurtre par un contrebandier de drogue et non nécessairement un immigrant illégal. A ce jour, le meurtre n’a pas été résolu. Dans son livre, elle mêle ressenti personnel et politique. Elle s’épanche sur des moments difficiles à savoir les accusations de racisme  déguisé par les « médias libéraux » et la diabolisation de son équipe par l’Administration Obama. Par exemple, le cardinal de Los Angeles avait qualifié la mesure de « digne du régime nazi » et le conseil municipal de Los Angeles avait appelé au boycott des produits de l’Arizona.

Face à ces attaques, Jan Brewer estime que ses détracteurs ne perçoivent pas correctement les menaces qui pèsent sur l’Arizona via l’immigration illégale, que toutes ces attaques et ces annonces de boycott n’ont qu’un but : gagner des votes ou du crédit auprès des électeurs latinos. A la lecture de son livre, Jan Brewer nourrit une rancœur personnelle et politique contre l’Administration Obama… Une rhétorique qu’elle ne cesse d’entretenir aujourd’hui et qui constitue son fond de commerce politique : Jan Brewer est bel et bien devenue une icône conservatrice dans tout le pays.

« Désolé M. le Président, l’Arizona ne veut pas quatre ans de plus. Donnez maintenant » Jan Pac
Crédit Photo : Page facebook de Jan Brewer

La croisade de Jan

Depuis quelques semaines, Jan Brewer entend bien peser sur le cycle électoral 2012. Elle a créé et anime un PACPolitical Action Committee, une association politique, dont les quatre objectifs sont les suivants : « sécuriser la frontière et restaurer l’intégrité de notre système d’immigration ; combattre Obamacare ; Créer des emplois – Remettre l’Amérique au travail ; Réduire la taille du gouvernement fédéral. »

Sur les réseaux sociaux, Jan Brewer appelle au don et à la signature d’une pétition d’adhésion à ces quatre propositions, car selon elle  « Nous avons besoin de dirigeants dans ce pays qui sont prêts à se joindre à moi dans ce combat pour l’Etat de droit… et contre l’échec de notre Gouvernement Fédéral… ». La rhétorique est donc clairement anti-Washington.

Concrètement quelles actions mènent son PAC ? Il injecte de l’argent dans le soutien aux candidats républicains en Arizona notamment 100 000 dollars à Jeff Flake candidat au poste de sénateur. Ce soutien financier se traduit par des envois de courrier dans des districts clef. Il soutient aussi trois candidats républicains au Congrès des Etats-Unis en lançant une attaque contre la candidate démocrate Ann Kirkpatrick dépensant 35 567 dollars, contre une autre candidate démocrate Kyrsten Sinema dans un district nouvellement créé à Phoenix et contre Ron Barber actuel représentant démocrate à Tucson (29 651 dollars dépensés). Le PAC a été créé l’an dernier et a récolté  au 26 octobre 587 000 dollars.

Jan Brewer est également une fervente supportrice de Mitt Romney qu’elle a soutenu dès les Primaires républicaines. Ce dernier le  lui rend bien puisqu’en février 2012 lors d’une réunion républicaine à Mesa (près de Phoenix) en présence de Jan Brewer, Mitt Romney avait qualifié la loi SB 1070 de modèle pour le pays comme l’a rappelé Barack Obama lors du deuxième débat. Cette proximité idéologique et personnelle alimente ici des rumeurs de visée ministérielle pour Jan Brewer en cas d’élection de Mitt Romney le 6 novembre…

Jan Brewer à côté de Mitt Romney (à droite) lors de la Convention de Tampa
Crédit Photo : page facebook de Jan Brewer

Un shérif de trop dans cette ville

Le shérif aux Etats-Unis est un élu responsable de l’application des lois dans un comté. Parmi les shérifs ayant laissé une trace dans l’histoire de l’Ouest américain, le nom de Pat Garrett surgit pour avoir tué Billy the Kid en 1881. Dans quelques années, surgira sans doute le nom de Joe Arpaio, celui qui se définit lui-même aujourd’hui comme « le shérif le plus dur d’Amérique ». A la différence que dans son comté, le comté de Maricopa qui englobe la métropole de Phoenix, les bandits à la gâchette facile ont été remplacés par les clandestins de préférence latino. En ces temps de campagne électorale, la possible sixième élection du « Shérif Joe » divise, mobilise, effraie et passionne. Pas de règlement de compte à la O.K. Corral entre les candidats au poste de Shérif le 6 novembre, quoique…

‘Welcome to Arizona’ par Eric Cox représentant le Shérif Joe Arpaio en tenue de Mexicain

 « Le shérif le plus dur d’Amérique »

D’un côté : un homme de 80 ans, Joe Arpaio, shérif Républicain depuis 1992 élu 5 fois. Un shérif connu dans toute l’Amérique pour sa dureté envers les clandestins, mais aussi pour sa corruption et la violence des méthodes employées par ses équipes. Il a acquis ses lettres de noblesse en créant à moindre coût dès son premier mandat en 1993 la prison de Tent City avec du surplus de matériel militaire. Les détenus y vivent en plein désert sous des bâches de toile, contraints de casser des cailloux sous la chaleur et obligés de porter des sous-vêtements roses sous leur tenue à rayures blanches et noires. Cette prison de tentes  peut accueillir jusqu’à 2200 prisonniers. Le Bureau du Shérif est régulièrement attaqué en justice par des familles de détenus notamment pour une mauvaise prise en compte des besoins médicaux des prisonniers, ce qui laisse envisager un aperçu des conditions de détention à Tent City

Déjà célèbre, Joe Arpaio s’intéresse à l’immigration illégale à partir de 2006 lorsqu’il constate que le nouveau procureur du comté, Andrew Thomas (par ailleurs radié du barreau au printemps dernier), s’était fait élire en promettant des mesures strictes contre les immigrants illégaux. Il a également profité de nouvelles dispositions de la part du Department of Homeland Security donnant pouvoir à des agences de police locales pour lutter conjointement contre l’immigration illégale. Il met alors en place une équipe de lutte contre le trafic d’êtres humains pour cibler non pas les passeurs de clandestins mais les clandestins eux-mêmes. Les contrôles nocturnes se multiplient le long des principales routes du comté, lieu de passage clef de la frontière mexicaine vers la Californie.

Dans un premier temps, cet effort est salué par l’agence fédérale en charge de la lutte anti-clandestins (ICE) et par l’Etat d’Arizona lui allouant au passage des crédits pour mener à bien ce travail. Fort de ce succès et de l’attention nationale, le Bureau du Shérif  a généré un découvert de 1,3 millions de dollars pour les heures supplémentaires des policiers affectés à cette unité spéciale. A partir de 2008, les contrôles contre les « suspectés » clandestins se sont fait de plus en plus pressants et ont attiré pour la première fois la réprobation du Maire de Phoenix. Le Comté se divise alors entre les villes soutenant les efforts du shérif en ce sens et celles qui commencent à y voir un risque de pratiques discriminantes envers les Latinos.

Le 4 avril 2008, le Maire de Phoenix demande une enquête fédérale pour examiner si les pratiques du Shérif sont belles et bien discriminantes. De plus, cette obsession de lutte contre l’immigration illégale a des conséquences sur le budget du Comté qui explose, sur l’augmentation du temps de réponse à d’autres crimes qui passe de 7 à 20 minutes en moyenne, sur le petit nombre d’intervention contre des entreprises ayant embauché des sans-papiers et même sur l’absence d’enquête dans près de 400 cas d’agressions sexuelles.

En décembre dernier, le Ministère fédéral de la Justice a publié les conclusions de l’enquête demandée par le Maire de Phoenix sur l’action du shérif. De nombreux cas de profilage racial et de violation des droits de l’homme ont été recensés. Le Procureur fédéral demandait alors la présence de surveillants fédéraux dans les équipes du Shérif, ce qu’a refusé Arpaio. Le Ministère lui a alors retiré le pouvoir de détenir et d’expulser les immigrants clandestins au nom du pouvoir fédéral. Le shérif  a annoncé qu’il continuerait de remettre aux autorités fédérales les clandestins, mais ICE refuse régulièrement de les accepter, ce qui contraint le shérif à les remettre à la US Border Patrol.

Cet acharnement sur l’immigration clandestine et par la suite son combat médiatique contre l’administration Obama a fait de Joe Arpaio une des figures de proue du combat national anti-clandestins. Régulièrement invité sur Fox News, il reçoit les visites de politiques conservateurs comme Michelle Bachmann. En 2010, il a soutenu l’adoption de SB 1070 et a fait partie d’un comité conjoint au Parlement de l’Arizona pour la construction d’une barrière frontalière. Plus récemment, il n’hésite pas à attaquer «l’assouplissement »  de la politique d’immigration de l’administration Obama et de la Cour suprême qui l’empêche d’expulser les clandestins n’ayant pas commis de délit. De fait donc, la source du business anti-illégal qui a fait la fortune du shérif de 2006 à 2010 s’est un peu tarie…

Entrée de la Prison de 4th Avenue – Phoenix
Crédit photo : Damien Simonneau

David contre Goliath

De l’autre côté deux prétendants à la succession du Shérif : le démocrate Paul Penzone et l’indépendant Mike Stauffer. Les deux sont des officiers de police et estiment que le comté a désespérément besoin d’un nouveau shérif, que le Bureau doit restaurer sa dignité et son professionnalisme et se recentrer sur d’autres crimes que l’immigration illégale. Paul Penzone bénéficie de la mobilisation de la communauté latino du comté regroupée en deux associations : Adios Arpaio et Citizens for a better Arizona. Leur stratégie : lutter par des actions de rue contre les politiques discriminantes envers les Latinos, Citizens for a better Arizona a notamment été à la pointe du combat contre la réélection au Sénat de l’Arizona en 2011 du promoteur de SB 1070, Russel Pearce. Leurs actions dans cette campagne : mobiliser le vote latino, éduquer et aider à l’inscription sur les listes électorales dans le Comté pour peser numériquement sur le résultat.

Depuis ces dernières semaines, la campagne a pris une tournure plus agressive. Joe Arpaio ayant refusé de débattre avec Paul Penzone, les attaques se concentrent sur des publicités politiques à la TV essentiellement négatives. Joe Arpaio vante son expérience et ses projets adjacents de lutte contre les mauvais traitements faits aux animaux tout en attaquant Paul Penzone sur sa vie privée concernant  les détails de son divorce tourmenté en 2003. Paul Penzone attaque Arpaio sur ses pratiques discriminantes, sa mauvaise gestion budgétaire du Bureau du Shérif et sur ses mauvaises relations avec la maire de Guadalupe une ville de 5000 habitants en majorité hispanique. Quant à Stauffer le républicain devenu indépendant, sa campagne est si minimale à tel point que de plus en plus de voix s’élève pour l’accuser de s’être présenté et de se maintenir pour diviser le vote démocrate et ainsi permettre la réélection du shérif. Cette pratique du spoiler (pilleur de voix) n’est pas nouvelle dans le comté, puisque l’an dernier  une candidate imposteur Olivia Cortes s’était présenté lors de la réélection de Russel Pearce pour diviser les voix de son opposition… Stauffer est aidé par une cowgirl célèbre DeeDee Blase qui a créé l’an dernier un groupe républicain de soutien aux immigrants Latinos Somos Republicans et mène une campagne anti-Penzone agressive.

Toutefois, les deux candidats ne combattent pas à armes égales. Et cela se vérifie sur le plan financier,  Joe Arpaio bénéficie de 8 millions de dollars dont 80 % soulevé hors Arizona. Paul Penzone a reçu 500 000 dollars de la part de groupes de défense des travailleurs pour défendre les droits des Latinos. Début octobre, Arpaio disposait encore de 4 millions de dollars contre 115 000 pour Penzone et 315 pour Stauffer.

Le shérif peut donc mobiliser cet argent en campagne de publicités télévisées, même si l’équipe de Penzone estime que ce déballage est un signe de panique émis par le camp Arpaio. Paul Penzone préfère miser sur la mobilisation des électeurs car les opinions sur l’action du shérif sont très tranchées.

« Paul Penzone – Le nouveau shérif ». Panneau de soutien Phoenix
Crédit Photo : Damien Simonneau

« Adios Arpaio » ?

« Le shérif le plus dur d’Amérique » en poste depuis 1992 peut-il être remercié par les électeurs ? Le spécialiste des sondages au Morrison Institute à  l’Arizona State University - ASU Bruce Merill estime que la course  est plus serrée qu’elle n’y paraît. Cependant, malgré la mobilisation anti-Arpaio, Joe Arpaio reste en tête des sondages entre 47 et 45 % des voix contre 42 à 30 % pour Penzone et 3 à 9 % pour Stauffer, ce qui confirme le jeu du spoiler.

Le shérif ne veut pas quitter son Bureau vaincu. Des rumeurs ici avancent que vu son âge il devra se retirer au milieu de son sixième mandat s’il est réélu. Toutefois, malgré les discriminations avérées et les cas de violences policières : pourquoi demeure-t-il si populaire  parmi les habitants du comté ?

En 2008, deux journalistes (Prix Pulitzer 2009) ayant enquêté sur le Bureau du Shérif Paul Giblin et Ryan Gabrielson rappelait que Joe Arpaio n’est jamais attaqué directement sur sa responsabilité dans les cas de discriminations et de violation de droits de l’homme. Il fait partie d’une coalition d’acteurs nationaux et locaux de législateurs et d’élus qui comme lui agite la lutte anti-clandestins comme arme politique. De plus, Joe Arpaio fait peur aux autres élus du comté qu’il n’hésite pas à attaquer frontalement pour défendre son action. Son budget général est approuvé par le Bureau des Superviseurs du Comté tous républicains mais le détail des dépenses n’est que rarement examiné. Le Bureau des Superviseurs ne cherche pas non plus à examiner les méthodes du shérif alors que légalement il pourrait le faire.

Quant à l’adhésion des électeurs et notamment ceux des Gated Communities – quartiers fermés – et des villégiatures pour retraités autour de Phoenix (Sun Lake, Sun City, Fountain Hills…), Joe Arpaio a su depuis 2008 capitaliser auprès de cette tranche d’électeurs conservateurs ou même liée au Tea Party. Il est un homme de médias, il entretient une image d’intransigeance sur l’immigration illégale et d’opposition frontale à l’immixtion de Washington dans les affaires arizoniennes qui n’est pas sans déplaire au Tea Party adepte d’un gouvernement fédéral minimal. Enfin, Joe Arpaio bénéficie de l’argent de groupes anti-immigration hors d’Arizona qui voit en lui le dernier survivant de la troïka anti-immigrant clandestins qui a connu ses heures de gloire en Arizona jusqu’en 2011-2012… Tout un symbole donc à abattre ou à maintenir en poste.